’’En RD Congo, Bazano, Forrest, Gertler, Glencore, Rautenbach ont parié sur le risque pendant que les Majors évitaient et fuyaient…’’
Franck Fwamba, Fondateur et DG de MNG & FKF Softpress (MNM Picture)

’’En RD Congo, Bazano, Forrest, Gertler, Glencore, Rautenbach ont parié sur le risque pendant que les Majors évitaient et fuyaient…’’


La bataille du cobalt va-t-elle débuter à Mutanda et Kansuki? (Acte II)

Franck Fwamba, Fondateur et DG de MNG & FKF Softpress
(MNM Picture)

Après avoir publié dans son numéro de Septembre 2012 les questions de Global Witness à Dan Gertler et Glencore ainsi que les réponses de ces derniers sur les opérations ayant eu lieu à Mutanda et Kansuki autour des actions de la Gécamines, en guise d’une série de publications sur ce que la rédaction qualifie de la Guerre de Cobalt congolais, Mining News Magazine publie l’interview de notre collègue et patron Franck Fwamba réalisée par nos consoeurs Precious Kana et Ben Nkaya à Johannesburg le 15 Août sur divers sujets que nos chers lecteurs découvriront graduellement dans nos différentes publications jusqu’à la fin de l’année.

Journaliste et Expert minier, Fondateur de Mining News Group, Franck Fwamba est aussi Consulant et Activiste de la Société Civile et Directeur Exécutif de RND Asbl. Il suit de près le secteur du cuivre-cobalt congolais depuis une décennie et  s’intéresse aux ressources naturelles.

 

Mining News Magazine : Franck Fwamba, qu’est-ce qui fonde votre lecture des derniers rapports des Ongs occidentales sur les dernières opérations d’ENRC, Dan Gertler et Glencore avec la Gécamines en République Démocratique du Congo?

Franck Fwamba : Merci confrère pour votre question dont une partie de la réponse se trouve dans mon éditorial du Magazine N°066 de Septembre dans lequel nous avons publié sans commentaire les différentes correspondances échangées entre Dan Gertler et Glencore et la puissante Ong anglosaxonne Global Witness sur les opérations d’achat des actions de la Gécamines dans Mutanda Mining et Kansuki Mining. Des opérations que je trouve normales dans les affaires.

MNM : Vous semblez y défendre Gertler et Glencore contrairement à Global Witness…

FF : Il n’y a pas que Global Witness, il y a aussi Free Fair DRC qui est longuement revenu sur le sujet en y mêlant aussi ENRC à partir de ses bureaux londoniens.

Si Global Witness a voulu le minimum d’objectivité en questionnant les intéressés, Free Fair DRC se comportait comme tus les occidentaux spécialistes de la République Démocratique du Congo à partir de leurs bureaux climatisés de Bruxelles, Paris, Londres, Amsterdam, Berne, Oslo, New-York, Washington. Il y en a aussi à partir de l’Afrique du Sud.

J’étais au bureau de Global Witness à Washington et demandé devant  témoins qu’ils travaillent en toute objectivité en privilégiant des enquêtes de terrain sans servir des chiens d’attaque à des lobbies. je l’ai dit à Herman Nzeza de Free Fair  DRC lors d’une émission Dialogue entre congolais à la Radio Okapi en Mai. Il ne suffit pas de manipuler l’opinion sur ENRC, Gertler et Glencore, il faut plutôt fournir un argumentaire inattaquable. Je déteste de l’à peu près, du travail à moitié fait. Suis content que Global Witness soit descendue au  Katanga fin Août pour une enquête de terrain. Les autres doivent le faire. SARW le fait déjà et très bien avec le concours des gens qui maîtrisent les choses sur place.

MNM : Là on vous dirait défenseur du diable

FF : Ma foi religieuse m’enseigne que le diable n’est pas omniprésent et omnipotent comme Dieu. Je suis de la société civile et fondateur de l’Ong Ressources Naturelles pour le Développement (RND) et je répète aux amis des Ongs internationales une chose : publier les résultats de vos enquêtes de terrain et non de vo compilations des bureaux après des enquêtes sur Google. J’illustre ma  position. Aucune personne sérieuse ne prendra au sérieux un rapport d’une Ong célèste qui raconte que Glencore exploite la mine de Tilwezembe à  Kolwezi et y viole les droits des femmes et enfants. Mais comme le ridicule ne tue pas en occident, des Ongs européens l’ont propagé à travers le monde alors que certains de leurs enquêteurs femmes étaient à Kolwezi sans avoir accès à ladite mine où, comme dans toutes les autres carrières de cuivre et cobalt, les femmes n’accèdent pas suite à une conception populaire qui dit que les filons des minerais vont disparaitre. Seul Dr Claude Kabemba, Directeur de la Southern Africa Ressources Watch (SARW), comprend. Les autres et leurs appendices congolais appliquent leur agenda caché. Nous publions  à la Une de ce numéro l’analyse de Guy Gweth, spécialiste chez Knowdys, sur les conséquences de la fusion Glencore-Xstrata sur l’Afrique au nom de notre objectivité.

MNM : Mais Free Fair DRC a fait des enquêtes sur les 59 sociétés fictives, monsieur le Directeur

FF : Enquêtes de bureau sans descendre sur terrain. Sinon, elle aurait compris qu’une société ne devient pas fictive parce que enregistrée aux îles vierges britanniques, il n’y a pas d’îles vierges congolaises, sur lesquelles il y a plusieurs centaine entreprises dont les grandes banques du monde.

Ces territoires là existent avec des dirigeants bien connus et dépendent de la reine d’Angleterre, avec une monnaie, une devise, une administration. Je ne vois pas un péché que Dan Gertler, Glencore ou ENRC y aient enregistré certaines de leurs filiales. Je ferais la même chose en cette période pendant laquelle le candidat républicain à la présidence des USA Mitt Romney prône la réduction d’impôts et taxes des plus riches pour favoriser les emplois. Je serai aussi parti sur les îles vierges pour payer moins des taxes. On fait les affaires pour faire les bénéfices et non pour payer trop des taxes.

Lors du Dialogue entre congolais en question, j’avais démontré les lacunes qui entamaient la crédibilité de la liste de Free Fair DRC à propos de la liste des  »entreprises fictives » de Gertler. A côté de DGI et EMAXON, Free Fair DRC mentionnait UNKNOW OWNER (Propriétaire Inconnu) alors que les villageois de Manono savent que DGI signifie Dan  Gertler International et que ceux de Mbujimayi savent qu’Emaxon appartient à Dan Gertler. Mais le parlementaire britannique et ses  services ne le savent pas. Alors, comment voulez-vous que je les prenne au sérieux quand ils parlent du bradage des gisements de plus d’USD5 milliards? Jamais.

MNM : Vous prenez le risque de ramer en contre-courant des experts internationaux

FF : De quels experts parlez-vous? Les vrais experts savent que s’il n’y avait pas eu les gars comme Bazano et Gertler seuls ou avec l’appui financier de Glencore, Global Witness, Free Fair DRC et consorts n’auraient peut-être jamais parlé de Mutanda Mining et Kansuki Mining seulement par le fait que jusqu’il y a   quelques années personnes n’en parlaient sinon le département exploration de la Gécamines. N’oubliez pas les conditions dans lesquelles Groupe Bazano s’est retrouvé dans la brousse de Mutanda en y investissant des millions d’Usd dans les  explorations. Ce sont les mêmes conditions dans lesquelles Congo Minerals s’est retrouvé à Kipoi, Somika à Kisamfu, MCK à Kinsevere. C’était de gisements moins importants pour la Gécamines. La preuve est qu’elle s’est fait financièrement conseillée par BNP Paribas pour ventre ses actions dans Mumi et Kansuki l’année passée. Ce sont des gisements très différents de la mine de l’Etoile que l’opposant Diomi Dongala, alors ministre des mines de la Transition,  avait vendu à vil prix (USD5 millions) à Shiraz Virji de Chemaf. Si c’était quelqu’un  d’autre qui l’avait vendu à Gertler, Glencore, ENRC ou Forrest, toutes les Ongs occidentales auraient accusé le Président Kabila. Free Fair DRC et Global Witness doivent s’y intéresser parce que Chemaf appartient à Shalina Group dont un actionnaire ou plus est (sont) britannique(s). La lettre de Jean-Pierre Bemba, opposant à Joseph Kabila, instruisant la Gécamines à maintenir Lundin dans TFM alors que le canadien avait vendu toutes ses parts aux américains n’a jamais ému une Ong internationale. De même que la dernière vente par Metorex de ses actifs dans Ruashi Mining pour USD1,6 milliard après avoir investi moins d’Usd300 millions.

MNM : Mutanda et Kansuki sont des gisements importants selon différents rapports

FF: Oui, des gisements importants parce que Bazano et Glencore les ont valorisé en y investissant dans les explorations, la construction et le production. Ils ont investi dans le développement des gisements qui ne valaient rien hier mais objet des polémiques aujourd’hui.

A Mutanda le minerais de cuivre sont d’ne teneur de 1.48% et de 0.59 pour le cobalt. les minerais de Kansuki 1.29 % de cuivre et 0.31 de cobalt. Des teneurs que BHP Billiton avait fui sur la route Kasenga.

MNM : BHP est un Major respecté..

FF : La RDC est victime des caprices des Majors ou mieux de leur agenda caché que de Gertler, Glencore, ENRC, etc. Je ne connais aucun Major qui a développé un projet minier viable à ce jour en République Démocratique du Congo. De Beers n’a rien fait pour les diamants au Kasaï, Anglo Américain  n’a rien fait pour l’or de l’Est, Rio Tinto, Vale et BHP Billiton (le fameux Big Three) n’ont rien fait pour le cuivre et cobalt du Kataanga. Ce sont eux à blamer au lieu d’en vouloir à Bazano, Forrest, Gertler, Glencore, Rautenbach, ENRC, Chetan, Banro, Randgold,  Mwana Africa, etc. qui ont viabilisé les mines de la RDC en pariant sur le risque et qui méritent respect, soutien et encadrement des dirigeants et de la société civile pendant que les Majors évoquent ‘’Cas de force majeure’’, insécurité  juridique, Rapports Doing Business, guerres, etc. Ceux ui ont développé Boss Mining, STL, CMK, Mumi, Kisamfu, etc sont des pionniers de la nouvelle industrie du cuivre et non des minables corrompus. C’est grâce à leur présence, leur génie et leur argent que les Majors s’intéressent indirectement aujourd’hui avec timidité aux mines du pays parce qu’ils aiment les gains faciles au nom de la fausse transparence. Enquêtez sur ces hommes d’affaires qui sont vilipendés et vous découvrirez qu’ils font les affaires depuis longtemps et ont été parfois des hommes-solutions pour les grandes entreprises des pays comme la Russie, l’Angola, etc. Qui ne risque rien, n’a rien. Un principe du business qui vaut pour tous, pour Gertler, Forrest, Glencore, ENRC, Bazano et qui qu’il soit.  Affirmer le contraire dénote de la mauvaise foi et des agendas cachés.

Je suis partisan de cette société civile qui fonctionne dans du triangle utilitaire avec les gouvernements et les entreprises pour le développement durable et non des groupes de lobby au service de certaines puissances (A suivre)